Rôle stratégique du directeur de la communication

Interview d'Alexis Djouahra de la villa Noailles : Piloter la communication d’un centre d’art contemporain

Alexis, vous avez quitté Paris et l’écosystème très codifié de la Fashion Week pour rejoindre la villa Noailles, centre d’art contemporain d’intérêt national niché dans une villa moderniste classée Monument historique : qu’est-ce qui vous a convaincu que ce lieu...

2 novembre 2026 17 min de lecture
Interview d'Alexis Djouahra de la villa Noailles : Piloter la communication d’un centre d’art contemporain

Alexis, vous avez quitté Paris et l’écosystème très codifié de la Fashion Week pour rejoindre la villa Noailles, centre d’art contemporain d’intérêt national niché dans une villa moderniste classée Monument historique : qu’est-ce qui vous a convaincu que ce lieu précis, avec son histoire et ses festivals, méritait que vous y consacriez votre énergie et votre expertise ?

Ce qui m’a convaincu, c’est avant tout la singularité de la villa Noailles et la liberté qu’elle offre. Après plusieurs années à évoluer dans l’univers de la mode à Paris, notamment au sein de la Fédération de la Haute Couture et de la Mode, j’avais envie de mettre mon expertise au service d’un projet culturel dont le sens dépasse la seule question de l’image ou de la visibilité.

La villa Noailles est un lieu absolument unique, à la croisée de l’architecture, de la mode, de la photographie et du design. Son histoire est profondément liée à l’avant-garde, à l’expérimentation et à l’accompagnement de jeunes talents. C’est une maison qui a toujours eu une longueur d’avance, qui prend des risques et qui donne leur chance à des créateurs encore inconnus. Cette capacité à faire émerger les talents et à provoquer des rencontres est quelque chose qui m’anime particulièrement.

Ce qui m’intéresse aussi, c’est le contraste entre un patrimoine architectural exceptionnel, chargé d’histoire, et une programmation résolument tournée vers l’avenir. La villa Noailles n’est pas un lieu figé : elle est vivante, en mouvement, et elle continue d’écrire son histoire à travers les artistes qu’elle accueille et les festivals qu’elle fait grandir.

Enfin, rejoindre la villa Noailles, c’était aussi la possibilité de m’inscrire dans un projet collectif et territorial, avec un impact culturel qui rayonne bien au-delà de Hyères. J’y ai trouvé un terrain d’expression où la communication, le développement et les partenariats ne sont pas simplement des outils de visibilité, mais de véritables leviers pour faire grandir un projet artistique, renforcer son rayonnement et lui donner les moyens de poursuivre son ambition. C’est cette combinaison entre l’exigence artistique, l’histoire du lieu et la possibilité de construire son avenir qui m’a convaincu.

Lorsqu’on parle de « piloter la communication » d’un centre d’art comme la villa Noailles, on oscille entre plusieurs identités fortes : maison de mécènes, monument moderniste, lieu d’expositions, mais aussi plate-forme de festivals internationaux (mode, photographie, design, architecture, architecture d’intérieur). Comment faites-vous coexister ces différentes couches de récit sans diluer l’ADN singulier de la villa ?

Je pense que la force de la villa Noailles réside précisément dans cette pluralité. Il ne s’agit pas de faire coexister des identités différentes, mais de montrer comment elles se nourrissent les unes les autres. L’architecture, l’histoire du lieu, les expositions et les festivals partagent un même fil conducteur : le soutien à la création contemporaine, l’expérimentation et la découverte de nouveaux talents.

Mon rôle est de rendre cette richesse lisible, sans chercher à tout uniformiser. Chaque projet possède son propre langage, ses publics et ses enjeux. Un festival international de mode ne se raconte pas de la même manière qu’une exposition de design ou qu’un projet architectural. Nous devons donc adapter nos prises de parole, nos outils et nos canaux, tout en conservant une cohérence globale dans la manière dont nous racontons la villa Noailles.

Cette cohérence passe notamment par une stratégie de communication à 360 degrés, qui associe les relations presse, les réseaux sociaux, les partenariats, les contenus éditoriaux et la communication institutionnelle. L’enjeu est de faire dialoguer ces différents univers plutôt que de les cloisonner, et de créer des passerelles entre les publics.

Il y a également une dimension essentielle : celle de l’héritage. La villa Noailles a été imaginée par Charles et Marie-Laure de Noailles comme un lieu de liberté, de rencontres et d'avant-garde. Cet esprit continue de guider notre programmation et notre manière de communiquer. Il ne s’agit pas simplement de valoriser un monument historique exceptionnel, mais de montrer qu’il reste un lieu de création vivant, capable d’accompagner les artistes d’aujourd’hui et d’anticiper les pratiques de demain.

Au fond, notre ADN ne réside pas dans une discipline en particulier, mais dans notre capacité à faire émerger les idées et les talents. C’est cette vision que nous devons préserver et renforcer, quel que soit le projet mis en lumière.

Les festivals comme le Festival international de mode et de photographie ou Design Parade sont devenus des tremplins structurants pour la jeune création. Concrètement, comment traduisez-vous cette mission de détection et d’accompagnement des talents dans la façon de raconter la villa Noailles au public, aux professionnels et aux institutions culturelles françaises et internationales ?

Pour moi, l’enjeu est de raconter la villa Noailles non seulement comme un lieu qui présente la création, mais surtout comme un lieu qui la fait émerger. C’est une nuance essentielle. Nos festivals ne sont pas simplement des événements qui mettent en lumière de jeunes créateurs pendant quelques jours : ils s’inscrivent dans un véritable parcours d’accompagnement, de visibilité et de rencontres professionnelles.

Cela se traduit d’abord par une communication qui place les talents au centre du récit. Nous devons raconter leurs démarches, leurs univers, leurs engagements et leurs ambitions, en leur donnant la parole et en montrant ce que leur passage à la villa Noailles peut représenter dans leur parcours. Les prix, les jurys et les expositions sont autant de leviers pour faire connaître leur travail, mais notre responsabilité est aussi de prolonger cette visibilité au-delà du festival, notamment grâce aux relations presse, aux réseaux sociaux et aux collaborations avec nos partenaires.

Nous avons également la chance de réunir, à chaque édition, un écosystème particulièrement riche : des créateurs émergents, des maisons, des entreprises, des institutions culturelles, des journalistes et des professionnels venus de France et de l’étranger. Notre rôle est de créer les conditions pour que ces rencontres débouchent sur des opportunités concrètes. La communication et le développement sont ici étroitement liés : ils permettent de connecter les talents aux acteurs qui pourront les accompagner, les soutenir et contribuer à leur développement.

Enfin, nous devons adapter notre discours à nos différents interlocuteurs. Au grand public, nous cherchons à transmettre l’émotion de la découverte et à rendre la création accessible. Aux professionnels, nous montrons la qualité des talents que nous accompagnons et la pertinence de notre écosystème. Aux institutions et aux partenaires, nous devons démontrer l’impact culturel de cette mission et son importance pour le renouvellement des disciplines artistiques.

C’est ce qui fait, selon moi, la singularité de la villa Noailles : nous ne nous contentons pas de révéler des talents, nous contribuons à leur donner une place dans le paysage culturel et professionnel. Et lorsque l’on voit certains anciens lauréats poursuivre des parcours remarquables à l’international, on mesure combien cette mission est essentielle. Notre ambition est de continuer à faire de la villa Noailles un lieu de référence pour celles et ceux qui imaginent la création de demain.

Hyères n’est ni Paris ni une capitale mondiale de l’art, et pourtant la villa attire un public très varié : habitants du Var, touristes, professionnels de la mode, du design ou de l’architecture… Quels sont, selon vous, les enjeux les plus complexes pour un centre d’art contemporain décentré géographiquement, et comment ce contexte influence-t-il votre manière de construire la programmation publique, les expositions et les ateliers autour des cinq disciplines de la villa ?

Le premier enjeu est de faire comprendre que la création contemporaine n’est pas réservée aux grandes capitales culturelles. Être implanté à Hyères, loin de Paris, représente évidemment un défi en matière de visibilité, d’accessibilité et de fréquentation, mais c’est aussi une véritable force. La villa Noailles possède une identité singulière, un patrimoine architectural exceptionnel et un ancrage territorial qui lui permettent de proposer une autre manière de découvrir l’art et la création.

Notre responsabilité est de faire dialoguer des publics qui ne se rencontrent pas nécessairement ailleurs : les habitants du territoire, les visiteurs de passage, les familles, les étudiants, mais aussi les créateurs et les professionnels internationaux. Cela suppose de ne pas penser la communication et la programmation uniquement pour un public déjà initié. Nous devons susciter la curiosité, rendre les disciplines accessibles et donner à chacun une raison de pousser la porte de la villa.

C’est notamment là que la programmation publique, les visites et les ateliers de médiation jouent un rôle essentiel. Ils permettent de dépasser la simple contemplation d’une œuvre ou d’une exposition, en donnant des clés de lecture et en invitant les publics à expérimenter eux-mêmes. Qu’il s’agisse de mode, de photographie, de design, d’architecture ou d’architecture d’intérieur, chaque discipline offre une porte d’entrée différente vers la création contemporaine. L’enjeu est de faire comprendre que ces univers font partie de notre quotidien et qu’ils interrogent nos façons de vivre, de nous habiller, d’habiter et de regarder le monde.

Il faut également parvenir à concilier deux temporalités : celle des festivals, qui concentrent une forte visibilité internationale sur quelques jours, et celle du centre d’art, qui s’inscrit dans la durée, à travers les expositions, les rencontres et les actions auprès des publics tout au long de l’année. Les festivals sont des accélérateurs de rayonnement, mais ils doivent aussi donner envie de revenir et de découvrir les autres facettes de la villa Noailles.

Enfin, je crois que notre implantation géographique nous oblige à être particulièrement attentifs à notre environnement et à travailler en réseau avec les acteurs culturels, éducatifs et économiques du territoire. Le rayonnement international et l’ancrage local ne sont absolument pas contradictoires : ils se renforcent mutuellement.

Notre ambition est donc double : faire venir à Hyères des publics et des professionnels du monde entier, tout en faisant en sorte que les habitants du territoire se sentent pleinement concernés par ce qui se passe ici. Pour moi, la réussite d’un centre d’art comme la villa Noailles se mesure aussi à sa capacité à créer ce lien entre une scène créative internationale et le territoire qui l’accueille.

La villa Noailles porte un héritage artistique exceptionnel – de Mondrian à Giacometti – tout en se consacrant à la création contemporaine. Comment gérez-vous la tension entre la valorisation de ce patrimoine prestigieux et la nécessité de rester un lieu vivant, expérimental et parfois déroutant pour le public, notamment lorsqu’il s’agit de disciplines plus pointues comme l’architecture d’intérieur ou certains courants du design ?

Je ne vois pas cette question comme une tension, mais plutôt comme un équilibre qui fait toute la richesse de la villa Noailles. Son histoire est profondément liée à l’avant-garde, à la liberté de création et à la volonté de repousser les frontières artistiques. Charles et Marie-Laure de Noailles ont soutenu des artistes et des créateurs qui, à leur époque, pouvaient eux-mêmes être considérés comme audacieux, voire déroutants. Être fidèle à cet héritage, c’est donc aussi continuer à prendre des risques et à défendre des formes de création nouvelles.

Notre rôle est de faire vivre ce patrimoine sans le figer dans une vision nostalgique. L’architecture de la villa est un élément essentiel de son identité, mais elle est aussi un formidable terrain de réflexion sur notre rapport à l’espace, aux objets et aux modes de vie. Elle entre naturellement en dialogue avec les œuvres et les projets que nous présentons aujourd’hui.

La difficulté, notamment dans des disciplines comme le design ou l’architecture d’intérieur, est parfois de rendre lisibles des démarches qui ne sont pas immédiatement accessibles. Tout ne doit pas nécessairement être compris au premier regard, et je pense qu’un centre d’art doit aussi pouvoir surprendre, questionner et déplacer les habitudes. Mais cela ne signifie pas qu’il faille renoncer à accompagner les publics. La médiation, les visites, les ateliers et les contenus éditoriaux permettent de donner des clés de lecture, de contextualiser les œuvres et de susciter la curiosité sans imposer une interprétation unique.

Dans notre manière de communiquer, nous cherchons donc à trouver le bon équilibre entre l’exigence artistique et l’accessibilité. Il faut être capable de parler aux professionnels et aux passionnés tout en donnant envie à des publics moins familiers de ces disciplines de découvrir les expositions. L’enjeu n’est pas de simplifier les projets à l’excès, mais de créer des points d’entrée, de montrer ce qui les relie à nos usages et à nos préoccupations contemporaines.

Finalement, je crois que la meilleure manière d’honorer l’héritage de la villa Noailles est de ne jamais considérer son histoire comme achevée. Son patrimoine nous donne une responsabilité, mais aussi une liberté : celle de continuer à expérimenter, à soutenir les artistes et à faire de ce lieu un espace où les idées se rencontrent, se confrontent et se renouvellent.

Depuis son ouverture au public en 2003 et sa labellisation en 2017, la villa Noailles a profondément évolué. Si vous vous projetez à dix ans, quel rôle idéal imaginez-vous pour un centre d’art contemporain comme celui-ci dans le paysage culturel français : en termes de relation aux artistes, de liens avec le territoire, mais aussi de rayonnement international via des rendez-vous comme Design Parade Hyères et Toulon ?

Dans dix ans, j’aimerais que la villa Noailles soit plus que jamais identifiée comme une maison de création incontournable, en France comme à l’international, mais qu’elle ait aussi renforcé ce qui fait sa singularité : sa capacité à découvrir des talents, à les accompagner dans la durée et à créer des passerelles entre les disciplines, les générations et les territoires.

Je crois que l’avenir d’un centre d’art ne se mesure pas uniquement à sa fréquentation ou à sa visibilité médiatique, mais aussi à sa capacité à avoir un impact durable sur les parcours artistiques. J’aimerais que la villa Noailles puisse encore davantage accompagner les créateurs au-delà de leur sélection ou de leur première exposition, en favorisant les rencontres avec les professionnels, les institutions et les entreprises susceptibles de soutenir leur développement. Nos festivals sont déjà des tremplins formidables ; l’enjeu est de prolonger cette dynamique et de renforcer les opportunités qu’ils génèrent.

Je souhaite également que la villa Noailles consolide son rôle au sein du territoire. Son rayonnement international est une force, mais il doit continuer à bénéficier à Hyères, à Toulon et plus largement à la région. Cela passe par des collaborations avec les acteurs culturels et économiques locaux, par une programmation accessible à des publics toujours plus diversifiés et par une attention particulière portée à la transmission, notamment auprès des jeunes générations. La culture doit pouvoir être un moteur d’attractivité, de rencontres et de développement pour un territoire.

À l’international, des rendez-vous comme le Festival de Hyères et Design Parade ont un rôle essentiel à jouer. Ils permettent de faire émerger de nouvelles scènes créatives, de réunir des professionnels venus du monde entier et de positionner le territoire comme un lieu de référence pour la mode, la photographie, le design et l’architecture d’intérieur. J’aimerais que ces rendez-vous renforcent encore leur capacité à fédérer un réseau international durable, tout en conservant leur exigence artistique et leur liberté de ton.

Enfin, il y a un enjeu fondamental : celui de donner à la villa Noailles les moyens de ses ambitions. Le développement des partenariats et du mécénat, aux côtés du soutien des institutions publiques, est essentiel pour préserver notre indépendance artistique et inscrire nos projets dans la durée.

Dans dix ans, j’aimerais que la villa Noailles soit toujours fidèle à son esprit d’avant-garde, mais avec une capacité d’action renforcée. Un lieu qui ne se contente pas de suivre les évolutions de la création contemporaine, mais qui contribue à les faire advenir, tout en restant profondément ancré dans son territoire. C’est cette ambition qui me semble la plus fidèle à son histoire et la plus nécessaire pour son avenir.

Pour conclure, que diriez-vous à un jeune créateur ou à un visiteur qui ne connaît pas encore la villa Noailles pour l’inciter à venir la découvrir : qu’est-ce que ce lieu peut changer, très concrètement, dans un regard sur l’art, sur la création contemporaine… ou même sur la manière de vivre et d’habiter un territoire comme celui d’Hyères ?

Je lui dirais avant tout de venir avec de la curiosité, sans nécessairement penser qu’il faut connaître l’art ou le design pour pousser la porte de la villa Noailles. C’est un lieu qui se découvre autant avec les yeux qu’avec les émotions, et où chacun peut trouver quelque chose qui résonne avec sa propre sensibilité.

À un jeune créateur, je dirais que la villa Noailles est un lieu où tout devient possible, où l’on peut confronter ses idées, rencontrer des professionnels, découvrir d’autres pratiques et, parfois, voir son parcours prendre une nouvelle dimension. Depuis toujours, la villa défend cette idée que les talents émergents méritent d’être accompagnés et que la création doit rester un espace de liberté et d’expérimentation.

À un visiteur, je dirais de venir découvrir une architecture exceptionnelle, mais surtout de ne pas s’arrêter aux murs. La villa Noailles est un lieu vivant, où se croisent des disciplines, des générations et des regards très différents. On peut y découvrir une exposition de photographie, être surpris par un projet de design, assister à un défilé ou participer à un atelier. Même lorsque l’on pense ne pas être familier d’une discipline, on peut y trouver une idée, un objet ou une démarche qui change notre manière de voir les choses.

Et puis, il y a Hyères. Je trouve important de rappeler que l’on peut vivre des expériences culturelles d’une grande exigence internationale sans être dans une capitale. La villa Noailles contribue à faire de ce territoire un lieu de création, de rencontres et de découvertes, tout en offrant un autre regard sur son patrimoine et son environnement.

Au fond, je crois que la villa Noailles nous invite à regarder autrement ce qui nous entoure : l’architecture dans laquelle nous vivons, les objets que nous utilisons, les vêtements que nous portons, les images qui nous influencent. Elle nous rappelle que la création n’est pas quelque chose de lointain ou de réservé à quelques initiés, mais qu’elle fait partie de notre quotidien. Et c’est peut-être cela, la plus belle raison de venir la découvrir : repartir avec un regard un peu différent de celui que l’on avait en arrivant.

Pour en savoir plus : https://villanoailles.com